Après avoir longuement hésité cette année 2004, j'ai de nouveau retrouvé la "glass Éirinn" (verte Irlande) avec grand plaisir. Toujours poursuivi par la malédiction du voyageur solitaire, j'en ai profité pour musarder au cœur de quelques régions parmi les plus belles. Lecteur, voici le résumé partial de mon huitième séjour irlandais.


Avril : Préparer un voyager c'est déjà le commencer. Je débute donc ce périple en achetant des billets de train (105 € pour 1218 km A/R) et d'avion (65 € pour 1460 km A/R). Je réserve aussi une voiture de location (242 € catégorie A, une Micra).

17 mai: Comme l'année dernière, je "monte à la capitale" pour envahir le studio d'un cousin qui a oublié ma venue ! Dans le train, je peaufine ma stratégie de voyage. Cette année, c'est décidé, seulement 4 étapes en 10 jours, 1000 miles (1600 km) et un maximum de "hiking" (randonnées en montagne).

18 mai Paris - Dublin - Wicklow Mountains: porte Maillot un bus (20 € pour 154 km A/R) m'emmène à l'aéroport de Beauvais. Le ciel est bleu, le soleil brille, pourvu que ça dure ! 14h50 Dublin airport, je démarre une Fiat Punto en m'interrogeant sur l'utilité d'un toit ouvrant en Irlande. Je choisis de quitter rapidement Dublin en la contournant par l'ouest, direction les monts Wicklow. Sur place, je m'offre une chambre dans un B&B à Glendalough, ancien site monastique au cœur d'un parc national. Je me rends ensuite à Wicklow, la ville côtière, reconnaissant les routes et les rues pour m'approvisionner. Sur le chemin du retour, je m'arrête en forêt pour une première ballade. J'en profite pour pique-niquer au sommet d'une colline ensoleillée. A la douceur de l'air et sous un ciel d'azur, je comprends que cette année encore, je bénéficie d'une météo exceptionnelle. En passant par la forêt, je tombe sur la boulette du bûcheron fou, à moins que cette sphère appartienne à Sisyphe ! Une dernière anecdote : le lieu-dit de cette ballades se nomme Devil's Glen...
GlendaloughBeau tempsBoulette de Sisyphe !

19 mai, autour de Glendalough: la matinée débute sous les meilleurs auspices avec sans doute l'un des plus alléchants de mes full irish breakfast. Imaginez une salle à manger rustique de couleur claire, baignée de soleil avec vue sur collines boisées... Après un verre de jus d'orange frais et une assiette de muesli arrosé de lait, une assiette traditionnelle arrive sur ma table. Le bacon est croustillant à point, les saucisses sont légères, l'œuf assaisonné de ciboulette et la tomate est parfumée. Tout cela me met l'eau à la bouche et le thé accompagné de toasts tartinés de confiture finissent de me rassasier.
Après un tel "petit" déjeûner, me voici prêt pour une journée de randonnée. Je décide de retourner sur le site monastique de Glendalough car je sais y trouver de nombreux itinéraires aménagés. Il y a 4 ans, j'avais eu la chance de découvrir une harde de cerfs et de biches. Cette année, je ne rencontre que de nombreux marcheurs irlandais. Après avoir parcouru 3 circuits, je prends ma voiture pour me rendre au Wicklow gap. La curiosité me conduit à pied près du réservoir de la station hydroélectrique de Turlough, unique en son genre en Irlande : l'énergie est produite par pompage de l'eau entre deux lacs. Aux alentours, je note un départ de randonnée, ce sera pour une autre fois, j'ai déjà 25 km dans les jambes...
Sentier aménagéPromenons nous dans les bois !La tour de Glendalough

20 mai, Glendalough - Château de Kilkenny - Killarney: je quitte avec regrets les Wicklow Mountains pour gagner le Kerry. En chemin, je m'arrête à Kilkenny, ville au passé moyen-âgeux bien conservé. Je me rends dans le parc du château aux vastes étendues de pelouse pour y retrouver des écureuils gris. Cette année, ils me reconnaissent et s'approchent, curieux de savoir pourquoi je leur tends une main vide. Clic clac dans la boîte à image ! Après une ballade au centre-ville je reprends la route, direction Killarney.
La ville est animée le soir et j'y connais un web cafe sympa ; ) J'en profite pour envoyer des e-mails avec quelques photographies, histoire de faire baver les collègues au boulot et mes amis sous un temps maussade !
Château de KilkennyEcureuil gris de Kilkenny

21 mai, Dunloe Gap et Killarney National Park: aujourd'hui, je choisis le centre du Kerry avec un passage dans le Dunloe gap. Sur place, je m'engage sur la route étroite et accidentée parcourues par de nombreux touristes à pied ou en calèche. Attention, en pleine saison touristique, il vaut mieux abandonner son auto. Mon objectif n'est pas cette jolie vallée glaciaire mais une randonnée dans un coin reculé, une autre passe où seuls règnent moutons et tourbières aux sons de ruisseaux qui glougloutent...
Tout en me promettant de gravir un jour les 1038m du Carrantuohill, je m'arrête dans le Killarney National Park et j'entreprends de parcourir un petit tronçon de la Kerry way en direction de Kenmare. Arrivé au Windy gap, je rebrousse chemin, un peu fourbu de cette nouvelle journée de marche toujours sous un soleil généreux. Le soir arrive et le web cafe m'attend.
Cushnavally LakeDunloe Gap

22 mai, Killarney National Park: le tracé de la Kerry Way parcouru la veille réclamait que j'y retourne. Ce que je fais pour, cette fois, suivre la direction de Killarney. Ici encore, je tombe sur un itinéraire aménagé assez fréquenté. Le sentier m'emmène à travers un bois, puis dans une petite vallée aux allures de plaine africaine entourée de sommets.
Plaine africaine

L'un de ces dernier m'attire et une heure et demie plus tard, je suis enfin au sommet. La vue sur le parc et ses lacs est saisissante, l'air frais à cette altitude aussi quand on stoppe en maillot et bermuda trempés de sueur ! Des allemands me surnomment "the fresh man".
Torc Mountain

23 mai, Killarney - Caherconree - Galway: c'est mon dernier jour dans le Kerry et le temps est long pour aller jusqu'à Galway. Tandis que je fais un détour par le Dingle, je tombe par hasard sur un sentier qui mène à une fortification de l'âge de fer. Cette dernière figure dans de nombreuses légendes. Deux ans plus tôt, le brouillard était si épais, que j'en avais perdu le sentier. Le ciel bleu m'oblige à ne pas laisser passer l'occasion de faire une grimpette à 835 m sur le Caherconree. Je rencontre un irlandais habitué de ce parcours et nous faisons connaissance tout en poursuivant ce but du marcheur : voir ce qu'il y a après le prochain sommet. Là haut, la météo me joue de nouveau des siennes et me plonge dans les nuages qui sont arrivés par le versant nord, cachés de ma vue.
Le temps passe vite, et je repars en vitesse pour rejoindre Galway. Sur place, le parc carré du centre ville est en chantier et les déviations compliquent un poil la circulation. Je retrouve la College's Road le long de laquelle se trouvent de nombreux B&B. Je choisis sans doute l'un des moins chers de la ville pour 30 € la nuit, avec deux lits, une TV + satellite et une salle de bain pour moi tout seul.
Caher ConreeCaher Conree

24 mai, le Burren: le Burren, c'est ce plateau calcaire sculpté par les glaciers près des falaises de Moher, au sud de Galway.
Le Burren

Paysage particulier et sans doute unique en Irlande, je le parcours pour la 3ème fois et cette année je suis décidé à découvrir un troupeau de chèvres sauvages autrement qu'à l'état de cadavres. Ainsi, au cours de ma seconde excursion de la journée parmi les rochers laminés, j'entends un souffle rauque et je suis surpris par le mouvement d'un animal curieusement allongé, au pelage blanc et marron. Intrigué, je m'approche doucement et soudain, un second animal surgit identique au premier. Il s'agit en fait des deux pattes arrière d'un chevreau tombé tête la première et sur le dos dans une anfractuosité. La pauvre bête coincée sans doute depuis des heures, perd lentement son souffle, ventre au soleil, tête en bas. Pas fier, je dégage le chevreau, notant ses yeux déjà vitreux et sa respiration difficile. Ne pouvant guère plus, je le laisse en espérant le retrouver vivant d'ici une heure ou deux sur le chemin du retour.
Après quelques kilomètres, je surprends enfin des chèvres sauvages qui se dorent la pilule sur la roche chauffée par le soleil. J'ai trouvé l'origine du chevreau. Je retrouve ce dernier, toujours sur le dos, trop faible pour se remettre sur pattes par ma faute : il est dans un léger creux. Je le redresse et, d'abord affolé par ma présence, il tente de fuir sur ses membres engourdis en s'entravant dans les nombreuses fissures de la roche. Je m'éloigne doucement et la frêle créature me fixe de ses yeux, remuant joyeusement de la queue. J'espère qu'il saura rejoindre le troupeau...
Dunguaire CastleChevreau sauvage

25 mai, dans les Sheeffry Hills: je quitte Galway en quête d'une randonnée dans le Connemara. Après avoir fait le tour en voiture des Maumturk Mountains, je choisis les Sheeffry Hills pour emprunter quelques kilomètres de la Connemara Way. Satisfait d'avoir atteint une altitude de 760 m, je fais une pause avant de reprendre la voiture, direction Castlebar, là où m'attend Bernie, la propriétaire d'un B&B, celui qui me tient le plus à cœur. Avant de la rencontrer pour la 6ème fois, je fais un détour pour découvrir une nouvelle "windfarm" dans la région, ferme d'éoliennes construite par une compagnie d'énergie allemande. A 17h30, je suis accueilli avec une bonne tasse de thé accompagnée de biscuits. Nous discutons une bonne heure puis, après quelques pages d'un roman de science-fiction, je pars dîner chez Coxes, un pub-restaurant qui sert des plats de divers pays. Les moules et leur pizza sont très bonnes mais le dessert, un gâteau aux pommes, pas à mon goût...

26 mai, le Croagh Patrick: pour cet avant dernier jour, je me suis réservé un défi personnel : gravir le Croagh Patrick sans arrêt.
Le Croagh Patrick

Le temps est chaud ce qui n'arrange pas mon affaire. Néanmoins, je réussi à parcourir les 2 ou 3 km avec un dénivelé positif de 740 m, soit une pente moyenne de 20 à 30%, en moins d'une heure (si, si !). Au sommet la vue est dégagée et la température me permet de rester en maillot et bermuda. A la même époque, j'ai déjà fini en pantalons, polaire et veste de randonnée avec capuche sous une pluie de glace. Cette année, le sommet est envahi de gros coléoptères marrons d'au moins 2cm (pas des hannetons) qui s'accrochent partout, surtout dans les cheveux longs des filles !
Après cet exploit personnel, je me rends le soir dans un restaurant italien où je fais la connaissance de trois irlandaises qui me convient à leur table pour goûter la nouvelle carte de l'établissement. Le chef, véritable italien d'origine, est le compagnon d'une de mes charmantes hôtesses. La soirée bien arrosée passe vite...
Murrisk Mountains

27 mai, Castlebar-Dublin-Paris: dernier jour en Irlande, je pars pour Dublin sous un ciel légèrement voilé. Ça roule mal, le temps est lourd et le toit ouvrant m'est une dernière fois utile. La capitale est toujours soumise au trafic incessant des camions et des voitures mais je trouve une place de stationnement facilement, en plein centre ville. Il me reste du temps pour arpenter Grafton Street et Temple Bar. J'ai du mal à m'adapter à la cacophonie grouillante des rues.
L'heure du départ approche. Je me dirige volontairement à l'opposé de l'aéroport car je sais d'avance la circulation difficile : les travaux du futur réseau de tramway sont inachevés. La motorway M50 est fluide jusqu'au péage et en moins de 50 minutes depuis le centre ville, j'ai rendu ma voiture de location et je suis enregistré...
Quelques heures plus tard, je suis de retour en France chez mon cousin, lui disant simplement, le sourire aux lèvres, comment 2004 en Irlande est une année exceptionnelle. Et je lui décris combien la "glass Éirinn" m'a une nouvelle fois comblé...

Fin du voyage.

Nota bene : la mauvaise qualité des photos est en partie liée aux piètres performances de mon appareil numérique, piégé par des conditions très lumineuses.



Mon récit ne vous a pas laissé indifférent, vous désirez en savoir plus ou vous avez des remarques,
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